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Pas d'inquiétude : je hais les spams !

Courte nouvelle à chute : L’Enfer du jeu

Je vous laisse découvrir cette petite nouvelle à chute sans prétention.

L’Enfer du jeu

               cartes à jouer    « C’en était fini, il avait perdu. Son adversaire venait d’abattre ses cartes et, avec un sourire auquel il manquait au moins deux dents, lui faisait signe de payer son dû. Il baissa les yeux. Son regard glissa vers le tas de billets posés sur la table. Tout à coup, il saisit son gobelet et le jeta au visage de celui qui lui faisait face. En se levant d’un bond il renversa sa chaise, courut au fond de la pièce, fouilla à l’intérieur d’une caisse et en sortit un pistolet.

        Il pointa le canon en direction du vainqueur et appuya à plusieurs reprises sur la détente. A l’exception d’un vague cliquetis, rien ne se produisit. L’autre, profitant de cet empêchement, se ruait déjà sur lui. Ce colosse qui le dépassait de près de deux têtes le désarma d’une seule main. Il l’empoigna, lui arrachant par la même occasion le bandage qu’il avait au bras et un cri de douleur lorsqu’il appuya sur la plaie suppurante et rougie.

         Ils roulèrent sur le sol. Tout comme les noms d’oiseaux qu’ils échangeaient, les objets alentours volaient sur leur passage : un tabouret, un seau, une guitare et même une lampe que les secousses causées par l’affrontement avaient projetée d’une commode.

        Contre toute attente, la lutte était assez équilibrée. Le plus frêle des deux compensait son manque de force par une grande vélocité. Il avait beau suffoquer  sous le poids de son assaillant, il réussissait toujours à se dégager, à coups de pied, de genou, de poing ou de griffe. Il allait peut-être remporter la bataille. Une  voix grave retentit :

— Mais qu’est-ce qui se passe ici ?

        Les deux combattants s’immobilisèrent instantanément puis se dévisagèrent dans le plus grand silence. Ils avaient, en réalité, l’air pitoyable : la toque de trappeur du premier gisait par terre laissant apparaître une abondante chevelure bouclée et en désordre tandis que la chemise tâchée du second était presque entièrement déboutonnée, ouverte sur un torse imberbe recouvert de tatouages assez mal réalisés. On y distinguait à peine une tête difforme qui devait appartenir à quelque créature monstrueuse.

        Le plus jeune, toujours aussi vindicatif, s’apprêtait à prendre la parole quand l’autre lui imposa le silence d’un doigt crasseux sur la bouche et murmura :

— Le shérif est tout près et tu sais bien qu’on n’a plus le droit de jouer.

— On fait quoi alors ?

— Rien, on se fait oublier.

       Les minutes s’écoulèrent lentement. Les deux compagnons d’infortune allaient et venaient le plus discrètement possible, se défiant du regard, à l’affût du moindre son susceptible de leur parvenir de l’extérieur : des aboiements se faisaient entendre de temps en temps, un fond de musique, quelques gloussements. Soudain, quelqu’un s’approcha et s’arrêta sur le seuil de la porte. Que fallait-il faire ? Se cacher ? Avouer ? Inventer une histoire ? Vite, plus vite, se décider ! Les hésitations de l’un n’avaient d’égal que la panique de l’autre. Farouchement opposés quelques instants plus tôt, l’imminence du danger leur faisait faire cause commune.

        Fausse alerte, les pas s’éloignèrent. La nuit risquait d’être longue. Ils envisagèrent de monter la garde à tour de rôle. Mais cet arrangement supposait de se faire mutuellement confiance. Finalement, épuisés par une trop longue veille, ils s’endormirent côte à côte.

        L’obscurité était encore totale quand ces frères ennemis furent tirés de leur sommeil par un bruit venant du dessous. A peine eurent-ils ouvert les yeux qu’ils étaient déjà debout, prêts à en découdre de plus belle. Après quelques craquements, le calme revint.

— J’ai faim.

— Moi aussi.

        Dans un même mouvement, ils tournèrent la tête vers la table où se trouvaient quelques restes. Ils s’élancèrent. Le plus grand poussa son concurrent qui trébucha, heurta le mur, faillit s’ouvrir le crâne sur un portemanteau et finit par s’effondrer sans panache.

— Ah, ah, tu n’es pas près de faire le poids, minus !

— Tu vas voir. Puisque c’est comme ça, je vais tout  raconter et tu seras puni, riposta le petit. Il se mit à hurler. L’autre changea aussitôt d’expression. On pouvait lire la peur sur son visage.

        Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit sur un costaud à l’air sévère et barbu :

—  Mais qu’est-ce que vous faites encore là tous les deux ? Il est presque minuit. Je ne donne pas cher de votre peau si votre mère découvre dans quel état vous êtes et le bazar que vous avez mis dans la salle de jeux ! »

Aviez-vous découvert le pot aux roses avant la chute ?

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